Cancer : Alcan doit indemniser dix familles

Des vapeurs toxiques ont affecté d’anciens travailleurs, tranche la Commission des lésions professionnelles

Des vapeurs toxiques ont affecté d’anciens travailleurs, tranche la Commission des lésions professionnelles

Cigarette ou pas, c’est bien l’exposition à des vapeurs toxiques en usine qui a été la cause du développement d’un cancer du poumon mortel chez une dizaine d’anciens travailleurs d’Alcan, a tranché hier la Commission des lésions professionnelles (CLP) du Québec. Dans un jugement qui fera jurisprudence, celle-ci a condamné la compagnie et la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST) à verser de fortes indemnités aux familles des victimes.
Entrés au service d’Alcan entre 1943 et 1970, ces employés travaillaient dans les alumineries d’Arvida (Jonquière) et d’Isle-Maligne (Alma), au Saguenay. Pendant des années, ils ont été exposés aux émanations de plusieurs gaz nocifs pour la santé, dont certains carcinogènes. 

Sans protection adéquate, ils étaient alors assignés à du travail effectué dans de vieilles salles de cuves qui utilisaient un procédé de fabrication appelé Soderberg. 

Dans son jugement rendu public hier par le syndicat, la CLP indique que chaque travailleur «a été exposé à une dose importante de substances dont la cancérogénicité est reconnue médicalement», et que «la durée de cette exposition est significative». De plus, elle note que les moyens de protection des voies respiratoires n’étaient pas adéquats, ce qui a permis aux contaminants d’avoir un «effet maximal». 

Une étude réalisée par des chercheurs de McGill en 1994 avait conclu qu’un travailleur soumis aux vapeurs en cause pendant 20 ans courait deux fois plus de risques qu’un autre de développer un cancer du poumon. 

Jusqu’en 1975 (Arvida) et 1980 (Isle-Maligne), aucun équipement de protection particulier n’était obligatoire dans les salles de cuves, très humides et poussiéreuses. On sait depuis les années 1980 que les cuves Soderberg sont néfastes pour la santé. 

La CSST avait précédemment refusé d’indemniser les travailleurs affectés, alléguant que leur tabagisme était la réelle cause de leur cancer du poumon. C’est cette décision et interprétation de la Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles que les successions des ouvriers contestaient devant la CLP. Elles affirmaient au contraire que les émanations de brai de goudron de houille et d’hydrocarbures aromatiques de polycycliques étaient coupables. 

La CLP a donné raison à 10 des 14 familles de victimes: les cas rejetés ne permettaient pas de désigner le travail professionnel comme source principale du cancer. Le jugement pourrait toutefois s’appliquer à plusieurs autres employés dans le futur, puisque le procédé Soderberg est encore utilisé dans des usines de Shawinigan, Beauharnois et Baie-Comeau. 

La somme d’argent qui sera versée à chaque famille n’a pas encore été déterminée. Il reviendra à la CSST de fixer ce montant, qui est néanmoins estimé à plusieurs millions. Une porte-parole de la CSST a indiqué hier sur les ondes de RDI que les dossiers seront étudiés au cas par cas. 

Satisfaction 

En conférence de presse au Saguenay, le Syndicat national des employé(e)s d’Arvida, qui tente depuis 1997 de faire changer le modèle d’admissibilité pour les travailleurs exposés aux substances cancérigènes, s’est dit «plus que satisfait» de la décision de la CLP. 

Le représentant Jacques Gravel a rappelé que cette lutte avait été «ardue». Selon lui, la décision de la CLP indique qu’un dossier ne pourra plus être refusé sur la seule base du motif que le travailleur était un fumeur. «On tiendra compte de la cigarette, mais pas juste ça.» Avec l’ancien modèle d’admissibilité utilisé par la CSST, les dossiers des 14 employés avaient été refusés. 

L’avocate de plusieurs des familles, Marie-Jo Bouchard, a pour sa part indiqué que le jugement de la Commission était «extraordinaire» pour l’ensemble des travailleurs. Elle a exprimé sa satisfaction de voir que la Commission a retenu que, même si le tabagisme était un facteur de risque important, il ne fallait pas pour autant négliger l’exposition professionnelle. 

Joints par la Presse canadienne, les responsables d’Alcan ont indiqué qu’ils voulaient étudier la décision de la Commission avant de la commenter et d’annoncer s’ils la porteront en appel ou non. La porte-parole de la multinationale, Claudine Gagnon, a souligné que les conditions et les milieux de travail de leurs employés ont été grandement améliorés ces dernières décennies.

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